Le prix de la stigmatisation ou le hiatus entre responsabilité collective et celle individuelle

Article : Le prix de la stigmatisation ou le hiatus entre responsabilité collective et celle individuelle
Crédit: Édition BUFAC
12 août 2024

Le prix de la stigmatisation ou le hiatus entre responsabilité collective et celle individuelle

L’une des activités que j’aime bien faire, c’est lire. L’une des raisons qui m’ont poussé dans les bras du blogging c’est bien le partage de ces lectures. Grâce ce blog je compte bien vous faire voyager à travers ces quelques lectures (des plus anciennes aux plus récentes). Cette fois-ci, j’ai donc voulu vous parler du livre intitulé ‘‘Le Prix de la stigmatisation » cette belle œuvre de l’écrivain Burkinabè Ounténi Félix NATAMA.

L’œuvre nous compte l’histoire d’un jeune homme victime de stigmatisation depuis le bas âge et qui se retrouve à commettre toutes sortes de vices à l’âge adulte pour prendre sa revanche sur la vie. Comment finira-t-il ? Aura-t-il le temps ou l’occasion de se racheter? Quelle est la responsabilité de la société dans la vie de ce jeune homme ?

Géneralités

Paru aux éditions BUFAC en 2023, « Le Prix de la stigmatisation » est un roman de 116 pages que j’ai pris plaisir à parcourir il y a quelques mois. J’en avais même fait une publication sur mon profil Facebook le 06 Février 2024. Ce livre de l’écrivain émérite Ounténi Félix Natama est une œuvre de pure fiction. La qualité et l’engouement autour du roman ont fait de lui un best-seller en 2023 si bien qu’il a été réédité l’année qui a suivie avec l’appui financier du Bureau Burkinabè des Droits d’Auteurs (BBDA).

De façon globale, l’œuvre questionne la société sur SA et/ou SES responsabilités vis-à-vis des individus qui la composent.Aussi interroge -t-elle chaque individu en âme et conscience sur ses propres faits et agissements au sein de la dite société d’autre part.

Le prix de la stigmatisation , crédit: les éditions BUFAC avec l’autorisation du promoteur Kontondia THIOMBIANO

De la responsabilité de la société

« Le prix de la stigmatisation », un titre interpellateur qui nous rappelle que la stigmatisation a un coût qui peut s’avérer être très onéreux pour la société entière. Elle ne l’est pas seulement pour l’individu victime de stigmatisation ou pour celui qui en est coupable. Juste pour nous rappeler qu’en stigmatisant autrui, nous sommes appelés à en payer les frais et ce, avec même des intérêts. «notre société est entrain de forger des monstres qui, froidement et sans sentiment la dévoreront un jour». Page 28.

En effet, suite aux péripéties que la vie lui a infligées, Fiéro (personnage principal du livre) a fini par devenir un être méconnaissable, une personne aigrie et plein d’amertumes.Il en voulait à la société à tel enseigne qu’il usait de n’importe quel moyen pour lui rendre la monnaie de sa pièce,tout celà dans l’unique dessein d’assouvir son désir de vengeance : braquage,vol à main armée,meurtre, terrorisme….«la société paye souvent le prix de sa négligence et de son irresponsabilité envers les autres membres de la communauté »P113.

Cette société, il a toujours souhaité en faire partie. Il a souhaité être intégré mais hélas cette société depuis son enfance l’a rejeté sans état d’âme. Cette société, l’a mis à l’écart sans même lui donner une chance de se racheter.

Ironie du sort,cette même société a fini par lui reprocher d’être la personne qu’il était devenu. Pourtant elle a fortement contribué à faire en sorte qu’il soit cet être méprisable que tout le monde répugnait tant. En le mettant à l’écart au moment où il avait grandement besoin d’elle, la société créait un être « déviant ». Comme quoi « l’homme naît bon,c’est la société qui le corrompt » nous disait Jean Jacques Rousseau.

En même temps l’on se demande si vraiment l’on devrait blâmer la société toute entière pour les agissements d’UN individu. Où se situe maintenant la responsabilité individuelle? Qu’en est-il de la conscience et de la morale, du bon sens? Autant de questions que l’on se pose en lisant ces pages.

l’auteur de l’œuvre, crédit : Ounténi Félix NATAMA (avec son accord)

De la responsabilité de Fiéro

Certes, la société est à blâmer mais Fiéro lui non plus n’est pas en reste dans ce qui lui est arrivé. Il se pose donc une question de responsabilité individuelle, de conscience et de morale. Ce qui nous rappelle une pensée de John Ruskin qui dit ceci: « plaider l’ignorance n’enlèvera jamais notre responsabilité ». Par ailleurs,nous dit Julio Cortazar « la lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse ». Le Dr Dramane KONATE, préfacier du livre n’a pas manqué de nous rappeler une maxime de Jean Paul Sartre: « assurément, l’on n’est pas responsable de ce qu’on est,mais l’on est responsable de ses propres actes ». Ceci dit, on a beau se faufiler mais notre responsabilité est très souvent engagée dans tout ce que nous décidons de faire ou de ne pas faire.

Une maxime populaire nous dit que «la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a». Celle que nous appelons affectueusement la maman nationale Bintou Marie-Ruth DIALLO nous dit souvent que « l’on donne QUI ON EST« . Pour elle, si nous sommes bons nous ne donnerons que de la bonté autour de de nous. Si par contre nous sommes mauvais, méchants, aigris …, nous ne donnerons que de la méchanceté, de l’aigreur, et des mauvaises ondes autour de nous. Comme ce fut le cas ici avec Fiéro.

A la fin du récit on constate que Fiéro s’était rendu compte qu’il s’était fait utiliser pour de mauvaises raisons. Il s’exprime en ces termes : «avec le recul, impotent, j’ai compris que j’ai été exploité dans ma rancoeur contre la société, à d’autres fins. Les gens se sont servis de nos misères pour en faire un fonds de commerce, en nous lavant le cerveau et en criant en nous la conviction que nous menons le bon combat,un combat utile. Finalement je me suis rendu compte qu’ils n’étaient pas mieux que ceux qu’ils prétendaient combattre…» P116. Fiéro lui-même s’interroge sur son piteux état : «Fiéro accuse son subconscient absent, vide de moralité, de spiritualité et d’humanité qui l’a entraîné dans la barbarie de l’extrémisme violent». P14

De la responsabilité des parents

Le véritable problème de Fiéro c’est qu’il n’avait pas de référent paternel vers qui se tourner. Ce dernier était toujours absent pour cause d’ivresse. Fiéro avait cependant une mère qui faisait de son mieux pour lui donner une bonne éducation. En effet, lorsqu’elle était encore en vie elle a pu lui inculquer des valeurs. Ces valeurs auraient bien pû lui servir à l’âge adulte. Malheureusement l’absence du père a beaucoup pesé sur la balance pour le jeune garçon qu’il était. La société se compose de plusieurs cellules familiales.

En d’autres termes la famille est le socle de toute société. De ce fait, si dans les familles rien ne va il va de soit tout aille mal dans la société.C’est le cas ici avec Fiéro et sa famille. Nous devrions donc construire des familles solides pour que la société se porte mieux.

Pourquoi lire l’œuvre ?

En parcourant l’œuvre, on se pose des questions, on réfléchit, on essaie même de s’imaginer à la place de  »Fiéro ». Quelque part chacun-e de nous aurait pû être un  »Fiéro ». Beaucoup de raisons auraient pu nous y conduire: le manque de confiance, le désespoir, la frustration, la déception, l’exclusion…etc. Cependant, Dieu Seul sait le nombre de  »Fiéro » qui nous entourent.

Écrit dans un style assez simple, cette l’œuvre traite de sujets d’actualité tels que la délinquance juvénile et le terrorisme. L’œuvre est assez accessible à tous types de lecteurs. Au passage, mention spéciale au Dr qui a su résumer avec clarté et justesse le fond du livre.

Livre réédité, crédit : les éditions BUFAC avec l’accord du promoteur Kontondia THIOMBIANO

Où trouver le livre?

Le prix de la stigmatisation est disponible dans vos différentes librairies sur l’ensemble du territoire national(au Burkina). Possibilité de se faire livrer à l’international. A ce jour le prix du livre s’élève 3500fr CFA.

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